Mr Pfeffer jeta un regard sur son bureau de bois blanc impeccable. Les dossiers triés soigneusement en pile bien net sur une table basse se disputaient la place avec deux classeurs souples bien remplis. Le pot à crayons les narguait de haut tout en jalousant le bel ordinateur qui brillait à la lumière de la fenêtre ouverte, celle-ci projetant un vent léger d'été. Les feuilles punaisées sur le mur immaculé étaient parcourues de notes express et la tasse à café trônait sur la petite commode de bois brun sombre. A sa droite se trouvait une bibliothèque surchargée de livres en tout genre, mais on retrouvait des titres comme "Le parfait chasseur" "Les élevages" ou encore " Le dressage sans pression."
Le propriétaire des chenils de Fliverry Stoat se retourna vers son interlocuteur qui attendait patiemment la réponse cruciale.
- Non, dit Mr Pfeffer, je ne veux pas le piquer. Neïko fait parti de la meilleure meute et il est hors de question de le supprimer simplement parce qu'il a mordu Manuel.
- Tout de même, ajouta l'homme, il n'a pas hésité à le lacérer jusqu'au sang. C'est moi qui suis accouru pour le sortir des dents de ce chien. Et il n'y est pas allé de main morte !
- Certes, mais ma décision reste irrévocable. Quand à vous, je vous laisse le choix de sa représaille. Mais n'y allez pas trop fort ; je compte le faire courir après un cerf, mercredi.
L'homme acquiesça avec respect et sortit en fermant la porte de bois blanc. Aussitôt hors du bureau du boss, il esquissa une grimace et murmura :
- Gnagnagna, n'y allez pas trop fort !! T'en fouterais une, moi, de raclée à ce sale bâtard !
Il imita un fouet qui s'abaissa sur un chien imaginaire.
L'homme (qui se nommait Koat) déverrouilla sa voiture noire et fit claquer la portière. Le dossier du siège grinça lorsqu'il s'assit et la radio tourna, la voix grésillante de Zazie sortit du vieux appareil en fin de vie.
Les chenils se trouvaient à une bonne heure d'ici, le building étant construit au centre-ville et l'élevage à la campagne. Koat avait donc une soixantaine de minutes pour réfléchir à ce qu'avait dit le patron.
Manuel avait eu le bras presque arraché, les tendons sectionnés et le sang coulait à flot lorsque Koat était arrivé. Immédiatement, il avait fait claquer son fouet, la peur au ventre. Il n'avait jamais vu ce chien comme ça. Prise de démence, les yeux fous, une lueur de vengeance y brillait et semblait éclore au fur et à mesure que Manuel hurlait. Koat secoua la tête. Ce sale clébard devait crever. Ça serait mieux.
Mais le patron, c'est le patron et il avait refusé. Pourquoi ?? Mais parce que ce chien était un des meilleurs ! Koat appuya la main sur le klaxon. Un des meilleurs...Le patron en trouvera d'autre, des meilleurs ! En ce moment, c'est la saison pour l'élevage et les croisements. Des naissances intéressantes qui pourraient faire évoluer le chenil. Mais pourquoi garder les plus vieux ? Une injection et c'est réglé !...
La voiture de Koat passa devant un bâtiment qui sortait du décor habituellement terne de la ville.
La SPA.
Koat passa lentement et cracha devant l'allé qui conduisait à l'accueil. Le bénévole qui assista à la scène fut outré. Il se précipita à la suite de la Clio noire qui avançait lentement en raison des bouchons.
- Hé monsieur ! Monsieur !
Koat leva les yeux au ciel, se retourna, baissa la fenêtre et se gara sur le bas-côté du trottoir. Il alluma une cigarette.
- Quoi, qu'est-ce qu'il y a, petit ? Grouille, je suis pressé.
Indigné, le bénévole (qui avait la trentaine) croisa les bras et dit :
- Il y a que vous avez craché devant notre entrée et que c'est particulièrement offensant.
- Ha oui ? Moi je pense que ce qui est offensant, c'est de sauver des vieux "toutous" qui devraient être piqués.
Le bénévole en resta coi.
- Nous sauvons les animaux, monsieur, dit-il d'une voix tremblante, et nous leur offrons une meilleure vie. Ainsi, nous prouvons que l'homme à un cœur assez grand pour se soucier du bien être de nos compagnons à quatre pattes.
Koat jeta sa cigarette aux pieds de son interlocuteur qui ne recula pas devant les cendres chaudes et le moignon orangé.
- Hé bien moi je trouve que les animaux, en particulier les chiens, ne sont pas assez dominés et qu'il faut d'abord les détruire pour mieux les reconstruire. En bref, il faut les battre et les traiter avec brusquerie pour qu'il nous obéissent. Pas avec un amour de merde qui va le rendre encore plus indiscipliné.
Il cracha par terre, à nouveau aux pieds du bénévole effaré de voir que des hommes comme lui existait. Ces hommes au cœur de pierre en qui les animaux tremblent de peur et d'effroi, la queue entre les jambes et le corps agité de violents soubresauts.
Satisfait d'avoir fermer le clapet à ce jeune débile, Koat enclencha la première, puis la deuxième et parti au loin, laissant le bénévole désemparé qui le regardait s'éloigner avec un air épouvanté.
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