Bon, j'espère que je n'ai pas raté grand chose. Amaryllis est déjà en plein récit. Son assurance face à Arthus m'impressionne.
– … je ne sais pas, on était juste en train de discuter, c'est tout.
– Donc, si je comprends bien votre explication, vous étiez gentiment en train de bavarder quand l'alerte incendie s'est déclenchée sans raison ?
L’ironie de son ton ne fait aucun doute, son regard acéré vissé sur la source probable de ses ennuis. Pourtant, Amaryllis ne se démonte pas. Après tout, elle ne dit que la vérité, si on exclut l'insistance malaisante de Jeremiah à son égard.
– Oui, c'est ce qu'il s'est passé, Monsieur Dawber. Peut-être… un dysfonctionnement ?
Arthus cogne son poing sur le bureau dont la surcharge de papiers et bibelots tangue dangereusement. Amaryllis sursaute et devient livide.
– Chère Mademoiselle Brown, sachez qu'il n'y a pas de dysfonctionnement, ici ! Vous mentez pour protéger votre camarade. Vous n'êtes pas la première qu'il aura embobinée.
– C'est faux ! s'indigne-t-elle.
Arthus pose ses deux mains à plat sur le meuble encombré pour se lever et le contourner tandis qu'Amaryllis se redresse maladroitement pour lui faire face.
– Je n'ai qu'un conseil à vous donner, Mademoiselle, poursuit-il comme si elle n'avait rien dit. Évitez ce genre de fréquentation. Et n'hésitez pas à parler à vos professeurs ou moi-même si vous rencontrez des ennuis avec vos camarades.
– Bien, Monsieur… bafouille-t-elle en baissant la tête.
Soupçonne-t-il du harcèlement ou couvre-t-il les imprudences de Jeremiah vis à vis d'une étudiante dépourvue de magie ? Je crois que ce dernier va passer un sale quart d'heure. Arthus ouvre la porte et appelle d'une voix glaciale :
– Monsieur MacGregor, c'est votre tour.
Amaryllis tente un sourire qui s’apparente à une grimace devant un Jeremiah qui a un peu perdu de sa superbe. Pourtant, il trouve la force de lui lancer un clin d'œil avant de s'engouffrer vers sa sentence. La lourde porte se referme derrière lui alors qu’Arthus a déjà rejoint son fauteuil.
– Je vous écoute. Vous allez me raconter exactement ce qu'il s'est passé.
– Eh bien… On discutait, puis l’alarme s'est déclenchée.
Arthus bombarde encore le pauvre bureau de son poing, impatienté.
– Pouvez-vous m'expliquer ce que faisait une étudiante dépourvue de pouvoir magique dans cette partie de l’université ? tonne-t-il.
– Oh, elle s'était perdue, et j'allais la raccompagner, bien sûr.
– Bien sûr. Et l'alarme se serait déclenchée sans raison, vous dites.
– Il semblerait.
Arthus fixe Jeremiah de son regard perçant mais ce dernier ne cille pas.
– Votre comportement au sein de cet établissement est inacceptable, Monsieur MacGregor, peu importe cette alerte incendie inopinée. Je ne peux pas laisser passer ces incartades qui mettent en péril le fonctionnement de cette université, et ce, peu importe le prestige de votre famille.
– Je n'ai pourtant rien fait de mal…
Énième coup sur le meuble en friche.
– Vous avez enfreint le règlement à plusieurs reprises. Par ailleurs, il semblerait que vous ayez du succès auprès des demoiselles. Ne vous avisez pas d'en profiter. Vous serez de corvée pendant la prochaine semaine. Allez voir Danny pour l'attribution de vos tâches. Ça vous laissera l'occasion de réfléchir à votre comportement inapproprié. Vous pouvez disposer.
Arthus accompagne sa dernière phrase d'un mouvement sec de la main, se replongeant déjà sur ses dossiers. En sortant du bureau, Jeremiah jette un coup d'œil rapide au couloir vide en soupirant. Il a l'air déçu de n'y trouver personne.
– Pourquoi est-ce qu'elle m'aurait attendu, hein ? murmure-t-il avant de s'éloigner.
C'est fou, ça ! Il me paraîtrait presque attendrissant. Moi, je sais qu'elle l'attend un peu plus loin, les bras croisés contre l'un de mes murs. Est-ce seulement la curiosité qui la pousse à se rapprocher de lui ? Quand Amaryllis l’aperçoit, elle avance à sa rencontre. Surpris, il a suspendu sa démarche et son regard pétille.
– Alors ? Il n'a pas été trop dur ? s’enquiert-elle.
– Oh, tu t'es inquiétée pour moi ?
Amaryllis rougit ostensiblement devant un énième sourire digne d'une publicité pour dentifrice. C'était vraiment une bêtise cette alerte incendie… Je crois bien que j'ai joué avec le feu. Vivement lundi, que Lucas revienne !
– Je voulais juste… enfin… non ! se reprend-elle. Je veux savoir ce que c'est que cette histoire de magie, voilà !
Jeremiah hausse les sourcils.
– J'adore ta franchise, s'esclaffe-t-il.
Son éclat de rire est interrompu par un énorme éternuement. Bien fait.
– Oh… Tu devrais peut-être voir pour résoudre ton problème de porte et aller te mettre au sec ?
– Tu vois… J'avais raison. Tu t'inquiètes pour moi.
Ses iris brillant de malice s'accrochent à ceux d’Amaryllis qui ne rétorque rien. Elle s'en détache soudain et fouille dans sa poche avec une frénésie peu naturelle.
– Tiens, lance-t-elle en tendant un paquet de mouchoirs. Tu vas en avoir besoin pour les prochains jours, à mon avis !
– Merci.
Sa main s'attarde un peu trop sur celle de la jeune fille à mon goût. Et le pire dans tout ça c'est qu'elle ne fait aucun geste pour l’esquiver ! Il finit par ranger les mouchoirs dans sa poche.
– Il faudrait que tu mettes les choses au clair avec ton petit ami, si tu veux en savoir plus.
Amaryllis reste bouche bée puis s'exclame, exaspérée :
– Quoi ! Mais qu'est-ce que tu vas t'imaginer, au juste ?
– On va passer beaucoup de temps ensemble, et je suis bien mieux que lui, donc…
– C'est bon Narcisse, j'en ai assez entendu ! s'emporte-t-elle en pointant son index contre le torse de Jeremiah. Si tu crois que je vais tomber sous ton charme comme toutes ces pimbêches sans cervelle, tu te fourres le doigt dans l'œil !
Jeremiah lève les mains et arque un sourcil, amusé.
– Un Narcisse et une Jolie Fleur, ça colle bien, non ?
– Ça suffit. Je n'ai pas envie d'en entendre plus.
– Bon, très bien… convient-il en tournant les talons. Bonne nuit alors.
Amaryllis se mord la lèvre, hésite, puis s’élance à sa suite :
– Attends ! J'ai besoin de savoir… S'il te plaît. Je sens… qu'il y a quelque chose, mais je n'y comprends rien !
– On a rien sans rien…
Mais à quoi il joue, au juste ? Elle s'arrête, aussi outrée que moi. Pourtant, le sérieux qui empreint soudain les traits de Jeremiah est déconcertant.
– C'est…
– Il ne s'agit pas de ce que tu crois… explique-t-il en se tournant vers elle. Je te demanderai juste une chose en échange.
– Laquelle ?
– Tu le sauras le moment venu.
– Je… hésite-t-elle. Ça peut être n'importe quoi ?
– Je ne t'en dirai pas plus, pour l'instant… Juste que ça n'a rien à voir avec notre conversation précédente. Pas de sous-entendus.
– Ça reste très large…
– T'es une grande fille. J’te laisse réfléchir.
Et il s'éloigne déjà, l'impertinent !
– Idiot, grince-t-elle entre ses dents.
Si je lui parle, elle n'aura pas besoin de rentrer dans ce jeu stupide. En tout cas, je l'espère…
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