Pourquoi vous inscrire ?
«
»
tome 1, Chapitre 3 tome 1, Chapitre 3

Un vent tranquille balaie la plaine exsangue. En haut d’un imposant rocher, la silhouette courbée d’un homme se découpe dans le ciel moribond. Le regard absent, il contemple le sentier caillouteux qui serpente à ses pieds.

Un craquement lointain le sort soudain de sa contemplation. Il fait rouler ses larges épaules endolories et s’assoit.

Après avoir déroulé un parchemin vierge extrait de son paquetage, il trempe une belle plume d’oie dans un petit encrier, soupire et se lance à lui-même : « allons-y ».

" Parce qu'Esengrid, notre maître Alchimiste, me l’a demandé, je note mes impressions et observations sur ce rouleau de parchemin.

Mon nom : Chilk d'Aubertin, fils de Bastrid d'Aubertin, lui-même fils de Moran d'Aubertin. Je suis écuyer d'Armadel Chardonnet, le fils du roi de Tessalic.

J’ai l’immense honneur d’avoir été choisi pour aller combattre le dragon qui terrifie notre cité. Le roi Turel Chardonnet en personne m’a mandé et j’en éprouve une grande fierté.

Esengrid m’a formé à l’écriture avant de partir et m’a prodigué maints conseils. Mon maître a besoin de mes notes pour connaître la nature du mal qui sévit et souille nos terres. Il a exigé que je couche par écrit ce que je vois et pense, en toute sincérité et vérité.

Sur mon voyage : deux étapes sont prévues. Je dois d’abord traverser la Fange et me rendre auprès d'Isthar, le-héros-de-tout-temps, afin qu’il me forme à l’art du combat. Une fois rompu au maniement des armes, je dois aller derrière le Toit du monde, où vit le dragon. Et dans son antre le tuer.

Pour occire le reptile, la plus belle épée du royaume m’a été donnée. Son pommeau d’or est incrusté de gemmes rutilantes et le seau de Tessalic gravé sur sa lame est censé la rendre indestructible.

Puisque la vérité doit sortir de ma plume, et que je dois exposer mes pensées, je souhaiterais commencer par une interrogation.

Bien que flatté d’avoir été choisi, je doute de mériter un tel honneur. Nos chevaliers, mille fois plus valeureux que moi, auraient tous mérité d’être appelés pour cette quête fabuleuse. Je sais qu’ils m’ont félicité et qu’aucun ne m’a, en apparence, jalousé, montrant par là leur âme droite et magnanime.

Le roi m’a promis de me faire chevalier lorsque j’aurai tué le dragon, ce qui est un geste d’une grande générosité. Cet anoblissement est le rêve de tout écuyer, et aurait fait, s’ils avaient encore été de ce monde, la fierté de mes parents. Mon père, Bastrid, est resté toute sa vie un simple écuyer, tout comme son père Moran. Je serai le premier de la lignée des Aubertin à porter un blason.

Rencontrer Isthar est un privilège. Les chevaliers m’ont estimé chanceux et ils ont raison. Tous auraient été fort heureux d’être à ma place. Je ne crois pas cependant qu’Isthar aurait quoi que ce soit à leur apprendre. Nos nobles chevaliers sont experts dans le maniement des armes. Un paltoquet comme moi a, en revanche, grandement besoin des services du héros-de-tout-temps.

Je ne voudrais surtout pas donner l’impression de remettre en cause le jugement de notre bon roi, dont la clairvoyance et la sagacité d’esprit sont une immense chance pour notre peuple, mais je suis encore étonné d’avoir été choisi en lieu et place d’un de nos chevaliers. Non pour être formé par Isthar, mais pour affronter le dragon.

Bien évidemment, nos preux chevaliers ont beaucoup à faire et pas un ne doit manquer à l’appel afin de défendre notre peuple contre une éventuelle attaque. Nos ennemis sont nombreux, même si le royaume de Tessalic jouit depuis longtemps d’une relative tranquillité – due à la réputation de nos chevaliers et la robustesse de nos fortifications.

J’espère être à la hauteur de la mission qui m’a été confiée par notre bon roi Turel Chardonnet.

Je dois maintenant avouer qu’elle n’a pas débuté sous les meilleurs auspices. Au bout d’une semaine à errer dans la Fange, j’ai fini par perdre mon chemin. Les paysages sont d’une même teinte monochrome et ne varient guère, où que l’on tourne le regard. La végétation est si rare et si éparse que j’ai dû maintes fois dévier de ma route afin de pouvoir nourrir Zéphirin, mon cheval.

Je n’ai plus ce souci à présent. Un jour où le froid a fait craquer la terre, un de ses sabots s’est coincé dans une fissure et il s’est foulé la patte. Le temps d’aller chercher un peu de glaise pour le soigner et il s’était fait dévorer par des monstres surgis de terre. Il n’en restait rien. J’ai pu sauver quelques victuailles.

La deuxième semaine fut très éprouvante. Ayant épuisé mon stock de nourriture, j’ai dû me mettre en chasse. Petits rongeurs, reptiles, insectes et racines. Que manger d’autre ici ?

Au cours d’une de mes chasses, une scolopendre m’a piqué l’œil gauche, ma paupière s’est infectée et j’ai dû mettre un bandeau afin de protéger la plaie. En courant après une musaraigne, j’ai trébuché contre un caillou et ai roulé dans un buisson d’épines – spécimen végétale le plus fréquent sur ces terres désolées. Mon visage a été balafré et mon nez a doublé de volume. Et surtout, j’ai été saisi d’une forte fièvre. J’en ai déduit que les épines de ces buissons contenaient quelque substance toxique. J’ai appliqué une sorte d’onguent fait avec de la boue et des herbes et la fièvre est tombée au bout de deux jours. Mon nez n’a, en revanche, pas dégonflé. La boue était malodorante et contenait les excréments de divers animaux. J’ai décidé d’en ramener afin qu’Esengrid puisse les examiner.

Récemment, j’ai longé le territoire des Voreks. La vallée qu’ils habitent est hostile et ne se distingue pas du reste de la Fange.

Je me suis réfugié dans une petite grotte en flanc de vallée dans le but de passer la nuit – et surtout de déféquer, imitant par là certains animaux enfouissant leurs excréments afin de ne pas être repérés par des prédateurs.

C’est alors que j’ai aperçu un petit cavalier qui longeait la falaise. Je suis allé à sa rencontre, dans l’espoir de briser la solitude due à mon périple en ces contrées désertiques. Mais une troupe de Voreks nous est arrivée droit dessus. J’ai à peine eu le temps de nous mettre à l’abri dans la grotte. Le cavalier était aussi léger qu’une plume. Et son cheval était bien famélique. J’ai pensé qu’il s’agissait d’un enfant et ai été un peu surpris en découvrant le visage de mon cavalier, terni par la saleté. Bien qu’il portât des chausses et une épée mastoc, le cavalier était une damoiselle, assez vilaine, avec un teint blafard et des yeux d’un vert piquant. J’ai aussitôt mis ma main sur sa bouche, car j’ai eu peur qu’elle ne crie et que ses cris n’attirent les Voreks.

Une fois les Voreks passés, je suis sorti de la grotte afin de m’assurer que nous étions hors de danger. Elle m’a suivi, mais je ne savais quelle langue elle parlait. Peut-être appartenait-elle à une de ces tribus sauvages qui peuplent la Fange ? Je suis parti chercher de l’eau – j’avais repéré une petite flaque dans le creux d’un rocher – me disant qu’il lui serait agréable de se désaltérer et de laver son minois. Quand je suis revenu, elle avait disparu, sans même me remercier.

J’ai souvent entendu mon grand-père Moran d'Aubertin parler de « l’ingratitude de la gente femelle ». Était-ce cela ?

Quoi qu’il en soit, la Fange est habitée de multiples façons. Et notre bon royaume de Tessalic, bien que marqué par la disette, m’apparaît comme un pays où règne l’abondance. 

La geste de Chilk dAubertin, mandé par Turel, roi de Tessalic "


Texte publié par Carmin, 20 mars 2025 à 10h07
© tous droits réservés.
«
»
tome 1, Chapitre 3 tome 1, Chapitre 3
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
3039 histoires publiées
1343 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Kir Royal
LeConteur.fr 2013-2025 © Tous droits réservés